Mise à jour le 26 janvier 2026 – Cet article a été initialement publié en mars 2021 pour partager notre démarche de migration de notre agence emailing vers des hébergeurs plus respectueux de l’environnement. Depuis, le contexte a changé : la question de la souveraineté numérique européenne est devenue un enjeu majeur. Entre le Cloud Act américain, les tensions géopolitiques et la dépendance croissante aux GAFAM, il nous semblait essentiel de compléter notre analyse avec ce critère désormais incontournable.

Ce qui ressort de cette mise à jour, c’est que notre choix initial d’aller vers des solutions opensource n’était pas qu’un engagement éthique : c’est aussi une stratégie qui nous offre une vraie liberté. En choisissant des outils libres, nous pouvons décider où héberger nos données. Chez des acteurs engagés sur le plan environnemental comme Infomaniak ou Clever Cloud, mais aussi chez des hébergeurs européens qui garantissent que nos données restent sous juridiction européenne. L’opensource est la clé qui ouvre à la fois la porte de l’écologie numérique et celle de la souveraineté.

Une trajectoire, pas une destination

Soyons clairs : nous ne sommes pas parfaits, et ce tableau en est la preuve. Cette démarche, nous la menons en toute humilité. Il ne s’agit pas de brandir un label « 100% souverain et écologique », ce serait mentir, mais plutôt de définir une trajectoire qui éclaire nos choix au quotidien et nos décisions futures.

L’exemple le plus parlant, c’est Notion. Notre base de connaissances, notre gestion de projet, nos process internes : tout passe par cet outil. Et pourtant, Notion ne coche quasiment aucune de nos cases. Hébergé sur AWS aux États-Unis, propriétaire, sans engagement environnemental documenté. Est-ce qu’on envisage de s’en passer ? Honnêtement, pas pour l’instant. La dépendance est trop forte, et aucune alternative ne nous offre aujourd’hui le même niveau de fonctionnalité et d’adoption par l’équipe.

Et surtout, ce serait un travail énorme pour notre petite équipe de gérer cette migration.

Mais nous avons conscience de cette contradiction, et c’est précisément cette conscience qui doit guider nos arbitrages futurs : quand une alternative crédible émergera, nous serons prêts à faire le pas.

L’opensource : facilitateur de choix écologiques ET de souveraineté numérique

Dans un premier temps, nous avons cherché des équivalents à nos outils qui nous apportent des garanties, écologiques d’abord, puis souveraines ensuite. Et là, bon courage. Parce qu’il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Les solutions SaaS qui cochent toutes les cases (hébergement européen, engagements environnementaux documentés, code ouvert) sont rares, voire inexistantes.

Nous avons donc retourné le problème. Et si nous hébergions nous-mêmes les différentes briques de notre système d’information ? Dans ce cas, il ne resterait plus qu’à trouver un hébergeur qui soit à la fois écologique et européen. Ce questionnement a structuré notre démarche autour de deux axes :

  • Utiliser des solutions libres et opensource chaque fois que c’est possible. Parce que ces solutions peuvent être installées n’importe où. C’est donc nous qui avons la main pour les placer sur des serveurs qui répondent à nos critères, qu’ils soient écologiques ou souverains. Un outil propriétaire hébergé aux États-Unis ne vous laisse aucun choix : vous subissez l’infrastructure de l’éditeur, sa politique de données, et sa juridiction. Avec l’opensource, vous reprenez le contrôle. Et puis fondamentalement, c’est une logique de création de valeur qui correspond bien à ce que nous faisons depuis le début de Badsender : créer du contenu et le partager, créer des méthodologies et les partager. Nos livres blancs sont sous licence Creative Commons depuis belle lurette, et LePatron.email est opensource depuis sa création.
  • Héberger ces solutions chez des acteurs européens engagés. Pour nos outils collaboratifs et nos sites web, nous avons choisi Infomaniak, un hébergeur suisse dont la démarche écologique est documentée, certifiée, et soutenue par des acteurs de renom. Pour l’email builder LePatron.email, nous avons opté pour Clever Cloud, un PaaS français hébergé en France. Dans les deux cas, ce sont des entreprises indépendantes, détenues par leurs fondateurs ou salariés, avec des datacenters situés en Europe, hors de portée du CLOUD Act américain. Et ça, ce sont des critères qui comptent autant que les engagements environnementaux.

Le tableau de bord de notre souveraineté numérique

Nous avons compilé l’ensemble de nos outils dans un tableau qui croise plusieurs critères :

  • La localisation des données : où sont physiquement stockées nos informations ?
  • La souveraineté : l’entreprise est-elle européenne, détenue par des Européens ? C’est un critère crucial, car même des données hébergées en Europe peuvent être soumises au Cloud Act si l’éditeur est américain.
  • Le caractère opensource : avons-nous la liberté de migrer vers un autre hébergeur si nécessaire ?
  • Les engagements environnementaux : l’éditeur ou l’hébergeur a-t-il documenté sa démarche écologique ?

Le voici, sans filtre.

Pourquoi rendre tout cela public ?

Cette transparence répond à une double ambition.

D’abord, pour nous-mêmes. Ce tableau est notre boussole. Il nous permet de visualiser où nous en sommes, d’identifier nos points faibles, et surtout d’éclairer nos décisions futures. Quand un nouvel outil se présentera, nous aurons ce référentiel sous les yeux : est-ce qu’on avance ou est-ce qu’on recule ? Ce n’est pas un audit figé, c’est un outil de pilotage.

Ensuite, pour participer à un mouvement plus large. Nous sommes convaincus que la souveraineté numérique européenne ne se décrète pas, elle se construit, entreprise par entreprise, choix par choix. En publiant ce tableau, nous voulons montrer que c’est possible. Qu’une agence de douze personnes peut faire tourner l’essentiel de son activité sur des outils européens, édités par des entreprises indépendantes qui ne sont pas soumises à des juridictions extra-européennes. Ce n’est ni un sacrifice, ni une contrainte : c’est un choix stratégique qui fonctionne au quotidien.

Notre souhait, c’est que d’autres entreprises fassent le même exercice. Que ce type de tableau devienne un standard, un réflexe. Que la question « qui contrôle vraiment cet outil ? » devienne aussi naturelle que « combien ça coûte ? ». En attendant, on partage notre copie, et on invite tout le monde à faire pareil.

Soutenez l’initiative “Email Expiration Date

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